A l’occasion du décès de Simone Veil, les progressistes impliqués laissent une des leurs, Marie Françoise Leflon, manifester en leur nom, un hommage rempli d’émotion et de gratitude à une femme qui incarne à elle seule l’histoire européenne.

A l’approche de ses 90 ans, sur la pointe des pieds, silence après silence, en douceur, elle a « lâché prise  » et la France, comme interdite, se sent soudain orpheline.

Femme en mouvement, mère attentive, politique convaincue, rompue aux débats mais nourrie de la souffrance originelle des déchirements de l’histoire tout autant que de son histoire, celle du malheur tatoué à jamais sur son corps sous forme du seul et terrible numéro de la Shoah. 

Chaque étape de sa vie nous raconte à nous : femmes, mères, entrepreneuses  et militantes tout à la fois, ce qu’elle fut : résistante, courageuse, audacieuse. Un modèle et un espoir pour les générations à venir. Jean Louis Boorloo a souvent rappelé qu’elle »  ne se considérait pas comme une grande dame. Et pourtant, c’était la plus grande » .

Rescapée d’Auschwitz, après avoir perdu les siens, elle reconstruit  sa propre famille tout en consacrant sa vie aux combats pour les plus faibles ou les mal aimés. Inlassable  elle était de tous les combats de vie ; porte-drapeau de la cause des femmes et pionnière de la construction européenne.

De sa mémoire douloureuse, elle s’est engagée sans relâche vers la réconciliation des peuples et la construction européenne. Réconcilier pour avancer ; réformer pour apaiser. Comme Primo Levi, racontant ses souffrances identitaires, lui dans son roman Si c’est un homme, elle ,dans ses discours convaincants, Simone Veil prenait soin de dire les faits pour mieux les faire comprendre. Et pour éviter que cette ignominie ne se reproduise, elle s’est engagée sans relâche de 1978 à 1982 à la Présidence de son tout jeune Parlement. Construire ensemble, la voie est désormais tracée. L’Europe existe.

En politique, elle inventa le progrès par les actes. Son féminisme affiché au plus noble des enjeux, lui a donné la force intime de faire voter la légalisation de l’avortement en 1974 face à un Parlement quasi masculin en révolte. Son sang froid les rallia à cette cause. Douloureux débat en pâture ! La victoire lui est due.

Difficile combat contre la liberté et la modernité,au prix de vexations voire de haine à son encontre que sa pudeur a réduit au silence.

Ministre de la Santé et  des Affaires Sociales, active, attentive, elle est aussi l’initiatrice d’autres combats : contre le tabagisme ; l’adoption des enfants orphelins, les structures scolaires en prison, le statut de prisonnier politique, etc. autant d’enjeux de légalisation, d’émancipation, qui font le ciment d’une société solidaire.

Des lors, comment s’étonner que le 18 mars 2010, Simone Veil fasse son entrée sous la coupole de l’Académie française, au fauteuil jadis occupé par Racine .

Femme hors des clivages, habitée par l’envie de partage au profit de ceux qui souffrent, bien au delà des dogmes, des rites partisans ou du profit individuel.

Femme hors du commun, avec simplicité et modestie, son œuvre nous rassemble.

Dès lors comment s’étonner du discours de Jean d’Ormesson à son accueil au sein de la maison de Louis XIII « Je baisse la voix,on pourrait nous entendre : comme la majorité des Français, nous vous aimons, Madame « .

Marie Françoise Leflon